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Quand les bleus tournent au blues

Clare Cecchini,
coordonnatrice des programmes de la SCH

Selon la croyance populaire, on ne peut faire du blues sans avoir été très malheureux ou du moins avoir surmonté des défis ou des épreuves durant sa vie. Steve et Mike Myers, tous deux originaires d’Ottawa (en Ontario), en savent quelque chose, pour avoir connu des moments difficiles en tant que jeunes garçons atteints d’hémophilie légère dans les années 1960 et 1970. Ces deux bluesmen, qui se surnomment les « Bruise Brothersnbsp;», se sont inspirés de leur vécu pour créer leur propre style de blues évoquant celui qu’on entend dans les boîtes de nuit du delta du Mississippi.


Les frères Myers ont failli mourir au bout de leur sang en bas âge à la suite d’une simple amygdalectomie. C’est alors qu’ils ont reçu un diagnostic d’hémophilie légère même s’ils ne présentaient aucun antécédent familial de la maladie. Compte tenu de ce diagnostic, on a fortement suggéré aux gamins de ne pas s’adonner à des sports actifs tels que le hockey. Les deux frères ont délaissé les équipements de sport au profit d’instruments de musique.

« Sans le savoir, nous venions de faire du blues pour la première foisnbsp;», se rappelle Steve.

En dépit du fait que ces garçons ne pouvaient pas jouer au hockey ou faire du patin à roulettes, ils occupaient leurs loisirs à s’adonner à des activités de plein air comme le camping, le canot et la pêche. De fait, leur père ne tolérait pas que l’hémophilie soit donnée en excuse à l’inactivité.

Les deux frères ont passé à travers la tragédie du sang contaminé des années 1980 et de ses ravages au sein de la population touchée par un trouble de la coagulation. « Mike et moi nous comptons chanceux d’avoir survécu à cette époque difficile qui a façonné notre style de blues.nbsp;»

La musique a occupé une place importante tout au long de leur enfance à Ottawa et dans la région de Gatineau (au Québec). La famille francophone de leur mère comptait bon nombre de musiciens – oncles et cousins – qui avaient un penchant marqué pour la musique folklorique, country et western. Les frères Myers ont été initiés à la musique blues en regardant un spectacle de BB King télédiffusé à l’antenne de la chaîne anglaise de Radio-Canada au début des années 1970. C’est alors qu’ils ont commencé à faire du blues en s’inspirant notamment du style des bluesmen Johnny Winter, John Lee Hooker et Muddy Waters.


Le documentaire télévisé Deep Blues/A Musical Pilgrimage To The Crossroads a profondément changé leur orientation musicale à l’aube des années 1990. Ils ont entrepris un nouveau voyage musical et spirituel aux sons de leur propre style de blues hypnotique empreint de rock et de boogie. Au terme de cette décennie, les frères Myers en sont venus à faire un pèlerinage annuel au Mississippi pour jouer dans des boîtes de nuit de Memphis et d’autres petites villes du delta. Ils se sont même produits dans un club appartenant à Morgan Freeman. « Il nous a demandé d’autographier une affiche qu’il a placardée sur un mur de son clubnbsp;», a souligné Steve avec fierté.

En 2005, ils ont enregistré leur CD Straight From the Woods mettant en vedette Sam Carr, le légendaire batteur des Jelly Roll Kings du delta du Mississippi. Steve et Mike prévoient retourner au delta en 2007 pour une autre session d’enregistrement en vue du lancement de leur prochain CD.

Les taux de facteur VIII des deux frères se situent entre 20 et 30 %. Étant donné qu’ils souffrent d’hémophilie légère, ils n’ont pas besoin de perfusion à domicile. Ils se rendent au Centre de traitement de l’hémophilie d’Ottawa pour recevoir les soins nécessaires. En cas d’urgence, ils s’en remettent à leur carte Facteur d’abord. Interrogés quant aux répercussions de l’hémophilie sur leur carrière de musiciens, Mike a mentionné qu’il souffre d’arthrite dans les mains si bien qu’il a dû adapter sa technique de doigté pincé à la guitare. Il n’oubliera jamais la fois où Steve s’est mordu la langue quelques minutes avant d’entrer en scène et qu’il a saigné abondamment pendant tout le spectacle. « Heureusement que ce n’était pas lui qui devait chanter », a-t-il dit en blaguant.

Steve et Mike sont tous deux mariés et Mike a un fils de 10 ans. Comme c’est le cas pour bon nombre de musiciens, les frères Myers sont des travailleurs de jour qui se transforment en bluesmen la nuit. Mike œuvre au sein d’une entreprise familiale de lutte contre la pollution. Steve, quant à lui, vient d’obtenir un baccalauréat en criminologie de l’Université Carleton. Ils entendent prendre leur retraite dans une quinzaine d’années tout au plus afin de réaliser leur rêve de partir en tournée pendant des mois chaque année pour faire du blues.

Les membres de la Région d’Ottawa et de l’est de l’Ontario (OEOR) d’Hémophilie Ontario ont eu droit à une prestation des frères Myers, le 24 mars 2007, à l’occasion de l’Assemblée générale annuelle et de la fin de semaine familiale de la Région. Certains membres connaissaient déjà Steve et Mike pour les avoir côtoyés comme bénévoles au Conseil d'administration de la Région ou lors de différentes réunions et séances de réflexion au fil des ans, mais personne n’avait eu la chance de les entendre se produire auparavant dans le contexte d’un événement organisé par la SCH. Pour en savoir davantage sur le groupe musical des frères Myers, visitez leur site web.

- Printemps 2007