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Un hémophile qui joue au rugby !

Peter Wilson

Je suis atteint d’hémophilie sévère et je pratique des sports pour gagner ma vie. Des sports sous forme de jeux vidéo, je dois avouer.

Lorsque j’étais enfant, mes articulations cibles étant les chevilles et les coudes, j’ai donc passé beaucoup de temps à m’amuser avec mon ordinateur. Dans ma famille, nous avions un Commodore Vic-20. Dans ce temps-là, nous pouvions non seulement acheter des jeux vidéo, mais aussi les manuels avec les codes pour entrer ces jeux nous-mêmes dans l’ordinateur. Autrement dit, à l’âge de six ans, je pouvais déjà entrer dans mon ordinateur, lettre par lettre, des jeux vidéo à partir du manuel. Je ne comprenais pas ce que les codes signifiaient, mais j’adorais jouer à ces jeux !

Ce n’est que plusieurs années plus tard que j’ai décidé que je voulais gagner ma vie en créant des jeux vidéo. Je me souviens encore de cette journée : c’est lorsque j’ai acheté mon premier jeu Nintendo et que j’ai vu la liste des créateurs au générique. Je suppose que je n’avais pas encore compris qu’il y avait des gens dont le travail consistait à créer des jeux vidéo.

J’ai continué à apprendre par moi-même comment programmer jusqu’à l’école secondaire, où je me suis finalement inscrit à un cours en programmation par ordinateur. C’est à ce moment-là, que mon professeur d’informatique a suggéré que je m’inscrive en programmation informatique à l’université. J’ai obtenu une bourse de la SCH me permettant d’aller à l’Université du Nouveau-Brunswick. J’ai beaucoup étudié et travaillé chaque été comme programmeur stagiaire. J’ai même fait ma thèse étudiante sur un sujet traitant des perspectives en trois dimensions dans les jeux vidéo. Quelques mois avant d’obtenir mon diplôme, j’ai reçu une offre d’emploi d’un studio de jeux vidéo et suis entré à leur service quatre jours exactement après avoir obtenu mon diplôme.

Le plus drôle de l’histoire, c’est que le studio qui m’a engagé était spécialisé dans les jeux sportifs. Moi qui, enfant, n’avais presque jamais pratiqué de sport, voilà que j’étais en train de créer des jeux vidéo sportifs. Et pas n’importe quoi : mon premier contrat a été de travailler sur un jeu de rugby !

J’ai depuis travaillé sur un jeu de cricket, ainsi qu’un autre jeu de rugby pour PlayStation2, Xbox et PC. Les jeux sont distribués dans le monde entier et, si on fait le compte, leurs ventes ont dépassé le million d’exemplaires. En ce moment, je travaille sur un jeu de soccer freestyle pour PSP, qui sera mis en vente au début de 2006.

Mes problèmes de santé ne se limitent pas aux articulations cibles. Comme de nombreux hémophiles, j’ai contracté l’hépatite C. Cela faisait plusieurs années que j’envisageais de me faire traiter, mais l’école et le travail m’empêchaient d’en trouver le temps. Après deux ans et demi de travail « au jeu », j’ai décidé d’entreprendre le traitement. Je savais que je risquais de devoir m’absenter souvent de mon travail, mais je n’avais pas le choix. J’en ai parlé à mon patron, et il m’a donné le feu vert en me disant de prendre tout le temps qu’il me faudrait.

J’ai terminé mon traitement de 48 semaines contre l’hépatite C en octobre 2005 et n’ai jamais manqué un seul jour de travail à cause de cela. Cela n’est pas un mince exploit, car les emplois dans l’industrie des jeux vidéo sont réputés pour nécessiter de longues heures de travail. Il nous arrive souvent de devoir travailler entre 12 et 16 heures par jour pendant plusieurs semaines ! Je ne saurai pas avant quelques mois si le traitement a réussi, mais je me sens bien jusqu’à maintenant. J’ai aussi connu des effets secondaires, mais je ne regrette pas ma décision.

Quand je ne travaille pas, j’adore aller camper. Nous faisions du camping en famille presque tous les étés quand j’étais enfant. Mon père était un chef scout, alors il m’accompagnait dans les camps scouts pour m’aider avec mes perfusions et, en fait, pour me surveiller comme l’aurait fait tout parent d’enfant hémophile. À 13 ans, j’ai commencé à aller dans un camp d’été par moi-même. En Nouvelle-Écosse, il y a un camp organisé par la Société du cancer qui accepte les enfants atteints d’hémophilie. Lorsque j’ai dépassé l’âge pour aller camper, j’ai proposé mes services de bénévole à ce même camp. Ma sœur et moi passons maintenant nos vacances, chaque été, comme bénévoles dans ces deux camps.

Lorsque je ne travaille pas ou que je ne fais pas de camping, il m’arrive d’aller faire de la voile sur les eaux magnifiques de la baie Mahone. Un des aspects les plus extraordinaires de mon travail est son emplacement même, c’est-à-dire à Lunenburg, en Nouvelle-Écosse, devant les eaux de l’Atlantique réputées pour être parmi les meilleures en Amérique du Nord pour faire de la voile. Mes autres passe-temps se rapportent au camping. Je consacre mes loisirs à pratiquer la guitare et des tours de magie afin de pouvoir amuser les enfants l’année suivante. Et, bien sûr, je joue encore beaucoup à des jeux vidéo, mais je considère cela maintenant davantage comme de la recherche. J’adore me tenir occupé et je ne laisse pas mon hémophilie me ralentir.

- Automne 2005