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Projets de recherche subventionnés en 2006

Changements des paramètres hémostatiques chez les femmes enceintes en bonne santé vs atteintes de troubles de la coagulation

Dre Christine Demers
2ième année de subvention
Centre hospitalier universitaire affilié de Québec

Les troubles héréditaires de la coagulation sont associés à une vaste gamme de symptômes cliniques qui varient selon le type et la gravité de la maladie. Durant la grossesse, le risque hémorragique est généralement faible chez les femmes atteintes, puisque les taux de bon nombre de facteurs de la coagulation augmentent naturellement. En revanche, le risque hémorragique peut être important pendant l’accouchement et après la grossesse (durant la période dite du post-partum), lorsque les taux redeviennent ce qu’ils étaient avant la grossesse. En fait, il a été démontré que durant le post-partum, le risque hémorragique est de 10 à 25 % plus élevé chez les femmes qui souffrent d’un trouble de la coagulation, contre moins de 1 % chez la population générale. La prise en charge de tels cas est complexe car on dispose de trop peu de données sur les variations des taux de facteurs de coagulation durant la grossesse aussi bien chez les femmes en bonne santé que chez celles qui souffrent de troubles de la coagulation.

Dans le cadre de cette étude, nous prévoyons recruter deux groupes de femmes, soit 20 femmes en bonne santé et 25 femmes atteintes d’un trouble héréditaire de la coagulation. Le premier objectif de l’étude est de vérifier de quelle façon les taux de facteurs de la coagulation varient durant la grossesse dans ces deux groupes, et également, de déterminer en combien de temps ces facteurs de la coagulation reviennent à leurs taux prégestationnels après l’accouchement. Les facteurs de la coagulation seront mesurés trois fois durant la grossesse, puis au moment de l’accouchement et quatre fois au cours des quatre premières semaines du post-partum. Nous allons tenter, autant que possible, de faire concorder ces prélèvements sanguins avec les tests normalement prévus pour le suivi normal de la grossesse.

L’hémorragie post-partum est très difficile à évaluer et, il n’existe encore aucun outil de mesure objective des saignements. Un graphique a par contre fait l’objet d’études approfondies auprès de femmes dont les règles sont particulièrement abondantes. Le deuxième objectif de l’étude est donc d’évaluer une version modifiée de ce graphique comme outil pratique de mesure des saignements post-partum. Toutes les femmes inscrites à l’étude devront tracer leur graphique durant leurs quatre premières semaines de post-partum.

Grâce à cette étude, nous espérons en arriver à mieux comprendre le phénomène de la coagulation durant et après la grossesse afin de faciliter le suivi obstétrical des femmes enceintes qui souffrent d’un trouble héréditaire de la coagulation.

Recherche sur l'hétérogénéité de l'activité du facteur de coagulation dans l'hémophilie A sévère

Drs Man-Chiu Poon et Gary D. Sinclair
2ième année de subvention
Université de Calgary
Calgary, Alberta

Les personnes atteintes d'hémophilie A sévère (moins de 1 % d'activité du facteur VIII [FVIII]) ont de fréquents saignements spontanés dans leurs articulations, ce qui entraîne d’invalidants problèmes d’arthrite. La norme thérapeutique actuelle repose sur l'administration régulière de perfusions de concentré de facteur à titre préventif. Débutée tôt au cours de la vie, cette prophylaxie primaire améliore la qualité de vie des malades, mais il s’agit d’un traitement intensif qui représente un fardeau pour eux et pour leurs proches, sans oublier qu’il est coûteux. Souvent, on installe en outre un dispositif d'administration à demeure pour faciliter la perfusion et des complications peuvent survenir, comme l’infection ou la thrombose.

De 10 à 15 % environ des sujets les plus sévèrement atteints présentent des symptômes hémorragiques plus bénins que prévu. Nous estimons important d'identifier ces patients pour pouvoir individualiser leur traitement et réduire ainsi le nombre de perfusions superflues qui leur sont administrées. Nous croyons en effet que du facteur VIII est présent dans le sang de certains cas sévères, mais à un taux inférieur à 1 %, indécelable à l’aide des analyses de laboratoire actuelles. Une étude canadienne sur la prophylaxie menée par le Dr Victor Blanchette, a en effet révélé que certains sujets sévèrement atteints n'ont besoin que d'une ou deux perfusions hebdomadaires de FVIII – les taux de FVIII seraient inférieurs à 1 % avant la perfusion suivante et pourtant l'effet protecteur semblerait présent.

L'objectif de cette recherche est de mettre au point un test assez sensible pour mesurer avec précision les taux de facteur VIII circulants lorsqu'ils se situent entre 0 et 1 %, basé sur une mesure de l'activité de l'enzyme thrombine dont la production est proportionnelle au taux d'activité de FVIII. Trois aspects du traitement de l'hémophilie seront alors explorés avec la participation de cliniques des quatre coins du Canada. Tout d'abord, nous mesurerons l'activité du FVIII chez 200 personnes atteintes d'hémophilie A sévère après avoir suspendu leur traitement pendant cinq jours ou plus (ou lors du diagnostic), afin de déterminer si leur taux de FVIII de base a un impact sur le moment où survient leur première hémorragie articulaire spontanée. Nous tiendrons compte du fait que les personnes affectées aient ou non hérité d'autres mutations susceptibles de favoriser la coagulation malgré la présence d'un taux très faible d'activité du FVIII. Ensuite, chez les patients de l'étude du Dr Blanchette, intitulée Canadian Dose Escalation Prophylaxis Study (étude canadienne sur la prophylaxie par paliers), nous mesurerons le taux de FVIII plasmatique avant l'injection suivante de FVIII de remplacement. Cela pourrait permettre d'identifier le taux de FVIII minimum capable de conférer un effet protecteur contre les hémorragies et de déterminer ainsi la fréquence des perfusions de FVIII réellement nécessaires. En dernier lieu, nous explorerons avec le Dr Carcao le rapport entre le taux de FVIII de base chez les personnes atteintes d'hémophilie A sévère et la quantité de FVIII récupérée après une injection, d’une part, et la rapidité avec laquelle le FVIII récupéré est éliminé, d’autre part.


En conclusion, cette étude permettra d'évaluer le taux minimum de FVIII inférieur à 1 % qui maintient un effet protecteur afin d'individualiser le traitement des personnes atteintes d'hémophilie sévère.

Mise au point de messages efficaces pour les patients atteints d'hémophilie légère par le biais de consultations : De la théorie à la p

JoAnn Nilson, physiothérapeute
1iére année de subvention
Saskatoon, Saskatchewan

Ce projet en plusieurs étapes compte réunir des personnes atteintes d'hémophilie légère et des physiothérapeutes dans le but de créer une documentation mieux adaptée et spécifiquement conçue à l’intention des personnes atteintes d'hémophilie légère. Les physiothérapeutes des CTH s'inquiètent en effet sérieusement des connaissances insuffisantes de leurs patients atteints d’hémophilie légère au sujet de leur maladie. Elles constatent que, souvent, les jeunes adultes atteints d'hémophilie légère consultent aux urgences plusieurs jours après avoir subi un traumatisme, avec une hémorragie non maîtrisée qui prend alors des semaines, voire des mois, à rentrer tout à fait dans l'ordre. Ces observations cliniques donnent à penser que la documentation et les stratégies actuelles concernant l'hémophilie sévère ne sont pas adaptées aux personnes atteintes d'hémophilie légère puisque l’information transmise ne les convainc pas de consulter rapidement.

Le but de cette étude est d’interroger de jeunes adultes et des parents d'enfants ou d'adolescents atteints d'hémophilie légère, ainsi que des physiothérapeutes du Canada entier pour établir des stratégies de communication appropriées qui seront intégrées à des documents d’information sur la santé et les soins créés spécifiquement à l'intention des personnes atteintes d'hémophilie légère. Au cours de la première étape, nous nous attarderons aux expériences des jeunes adultes atteints d'hémophilie légère de nos quatre sites canadiens. Par le biais d'entrevues semi-structurées, nous verrons quels processus influent sur leur décision de consulter lorsqu’ils se blessent. Nous tenterons d’identifier les types de messages, les éléments d’information et les connaissances de base qui les motiveraient davantage à se faire soigner à temps. Au cours de la deuxième étape, un groupe de physiothérapeutes des quatre coins du Canada analysera les données recueillies à l’étape 1 pour élaborer des stratégies didactiques, d’une part, en fonction des expériences et de la conduite des personnes atteintes d'hémophilie légère et d’autre part, en fonction des ressources en soins de santé. La troisième étape sera consacrée à l’ajustement des stratégies ébauchées avec des groupes de consultation qui réuniront de jeunes adultes et des physiothérapeutes, de même que des parents d'enfants atteints d'hémophilie légère de langues anglaise et française. Cette étape inclura aussi des consultations par écrit ou par téléphone avec de jeunes adultes atteints d'hémophilie légère qui vivent en région rurale. À chaque phase du projet, toutes les personnes consultées seront invitées à maintenir leur participation au projet en formulant leurs commentaires par écrit ou verbalement après chaque étape.

Cette recherche aboutira à la création d'un modèle viable d'intégration des perspectives et des connaissances des patients et des professionnels de la santé pour mettre sur pied des stratégies d'enseignement plus pertinentes et réalistes, centrées sur les personnes atteintes d’hémophilie légère et spécifiquement conçues à leur intention.