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Normes appliquées aux soins et à l’évaluation en physiothérapie


Introduction
L’hémophilie est une maladie rare. C’est pourquoi de nombreux professionnels de la santé ignorent le rôle central que jouent les physiothérapeutes dans la prise en charge des personnes atteintes de troubles de la coagulation. On sait à présent que la physiothérapie permet d’améliorer la qualité de vie, d’accélérer la guérison et de réduire la fréquence des saignements, en plus de contribuer à la prévention de l’atteinte articulaire causée par les saignements à répétition.

Les troubles de la coagulation affectent souvent l’appareil musculosquelettique. Or, les physiothérapeutes sont des spécialistes de l’évaluation et du traitement de l’appareil musculosquelettique. Ils jouent donc un rôle important non seulement en tant que spécialistes du traitement, mais également à titre de consultants pour la prévention et la prise en charge des atteintes et incapacités musculosquelettiques.

Il s’ensuit que le physiothérapeute est un membre à part entière de toute équipe de traitement complet des troubles de la coagulation.

Ce document résume la vision du groupe CPHC/PCH quant au rôle et aux tâches du physiothérapeute au sein de l’équipe de traitement complet. Ce document ne se substitue pas aux règles juridiques qui régissent la profession de physiothérapeute autorisé au Canada.

Nous reconnaissons les multiples aspects des soins de santé au Canada, notamment la formation, l'émission du permis d'exercice, l’accessibilité et la gestion des programmes, qui pourraient nuire à la capacité d'appliquer les présentes normes dans leur intégralité. Mais nous formulons ces recommandations conformément aux dispositions ou principes de la Loi canadienne sur la santé, de la Fédération mondiale de l’hémophilie, de l’Association canadienne de physiothérapie et de la SCH, dans l’espoir de procurer le même niveau de soins experts à tous les Canadiens atteints de troubles de la coagulation.


Prestation des services de physiothérapie

Norme n° 1 : L’équipe de traitement complet comprend un physiothérapeute à qui on alloue des ÉTP exclusivement consacrés à cette activité. Cela permet au physiothérapeute de mieux répondre aux besoins de la clientèle atteinte de troubles de la coagulation.

L’établissement permet au physiothérapeute d’acquérir les connaissances et l’expérience nécessaires dans ce domaine. Un physiothérapeute substitut doit être prêt à administrer les traitements en l’absence du physiothérapeute de l’équipe.


Norme n° 2 : Le membre de l’équipe soignante que le patient voit en premier ou le patient lui-même informe le physiothérapeute de tout saignement musculaire ou articulaire soupçonné. Si le physiothérapeute est la première personne à voir le patient, il lui revient d’informer les autres membres de l’équipe soignante.

Les personnes hospitalisées qui présentent des saignements musculaires ou articulaires aigus et qui doivent être vues en physiothérapie sont vues dans les 24 heures.


Norme n° 3 : Les personnes atteintes de troubles de la coagulation font l’objet d’un examen complet standard facilité par l'application d'un formulaire comme le formulaire Canadian Hemophilia Physiotherapy Assessment Form (Formulaire canadien d’évaluation en physiothérapie appliquée à l’hémophilie). (Annexe 1)

Le formulaire est versé au dossier médical et le suivi approprié est déterminé par le physiothérapeute de l'équipe.

Les patients subissent annuellement un examen complet de l’appareil musculosquelettique, indépendamment de la gravité de leur trouble de la coagulation, en conformité avec les recommandations de la Société canadienne de l’hémophilie et la page 17 des normes nationales de l’Association canadienne des directeurs de cliniques d’hémophilie (AHCDC).
L’évaluation inclut une vérification de l’atteinte et de la capacité fonctionnelle à l’aide d’un outil fiable, valide et objectif, comme le questionnaire HAL (Hemophilia Activity List) (Annexe 2).


Norme n° 4 : Selon les particularités régionales, les personnes atteintes de troubles de la coagulation sont parfois vues par des physiothérapeutes qui ne sont pas affiliés à des centres de traitement complet. Dans de tels cas, le physiothérapeute de l’équipe de la clinique de traitement complet est disponible à des fins de consultation pour faciliter la communication avec le reste de l’équipe.


Examen de l’appareil musculosquelettique

Norme n° 5 : L’examen de l’appareil musculosquelettique à l’aide du formulaire d’évaluation Canadian Hemophilia Physiotherapy Assessment Form (Formulaire canadien d’évaluation en physiothérapie pour l’hémophilie) est effectué sur une base annuelle. Un examen annuel complet doit aussi inclure des mesures fonctionnelles et une vérification du développement chez la population pédiatrique.

L’évaluation des blessures aiguës inclut :

    5.1 Historique de la situation présente
    • détails sur le déclenchement du saignement (mécanisme de la blessure)
    • facteur de remplacement utilisé et réponse au traitement
    • douleur et raideur
    5.2 Antécédents médicaux
    • saignements articulaires ou musculaires récents
    • articulations cibles antérieures; localisation et nombre
    • développement de l'enfant, selon le cas
    • tout autre traitement utilisé
     5.3 Critères objectifs spécifiques
    • chaleur et rougeur à l’articulation ou au muscle touchés
    • ecchymose
    • enflure
    • sensibilité
    • spasme musculaire
    • région douloureuse et engourdissement
    • mobilisation active indolore
    • comparaison du mouvement par rapport aux valeurs de départ
    • démarche
    • fonctionnement

Physiothérapie – Prise en charge

Norme n° 6 : Une fois l’examen terminé, le diagnostic clinique, les objectifs et le plan de traitement font l’objet de discussions et d’une entente avec le patient et l’équipe soignante. Les décisions sont versées au dossier médical et incluent :
    • soulager la douleur et la raideur
    • prévenir ou atténuer la difformité
    • maintenir ou améliorer la longueur et la souplesse musculaires
    • maintenir et améliorer la force et l’endurance musculaires
    • revenir à l’état présaignement
    • maximiser la capacité fonctionnelle
    • maintenir ou améliorer la tolérance à l’exercice

Norme n° 7 : L’application d’un plan de traitement en physiothérapie peut se faire grâce à un suivi au centre de traitement, à la maison, par le biais d'un programme individualisé ou en région, par un processus de demande de consultation. La coordination et la communication avec les membres de l’équipe sont essentielles pour assurer une couverture hémostatique appropriée durant le traitement de physiothérapie.


Norme n° 8 : Une consultation en chirurgie orthopédique peut être faite à l’initiative du physiothérapeute ou d’autres membres de l’équipe de la clinique. Dans ce dernier cas, il faut que le physiothérapeute soit informé qu’une chirurgie est prévue. Il effectue alors un examen préchirurgical complet et prépare un programme de préconditionnement approprié qui est supervisé par le physiothérapeute responsable.

Il est important de préparer un plan détaillé pour les patients porteurs d’inhibiteurs. En plus du statut à l’égard des inhibiteurs et de l’âge, qui ont été mentionnés, il est aussi important de vérifier :
    • Quelles sont les attentes du patient face à la chirurgie? Sont-elles réalistes? (Mancuso et coll., 2001
    • Le patient comprend-il l’importance d’être fidèle à son programme de traitement et de réadaptation?
    • Le patient comprend-il ce que supposent, par exemple, l’intervention elle-même et le processus de réadaptation
    • Le patient bénéficie-t-il d'un soutien suffisant pour se préparer à la chirurgie et se rétablir ensuite? (p. ex., soutien familial adéquat, capacité de demeurer au centre de traitement de l’hémophilie ou à proximité pendant la durée du processus de réadaptation, ou physiothérapeute formé et compétent à proximité du domicile pour superviser les étapes ultérieures de la réadaptation? (Sharma et coll., 1996)
    • Comment se portent les autres articulations/membres? Le patient peut-il utiliser des aides à la marche au besoin? La chirurgie envisagée a-t-elle un effet positif ou négatif sur les autres articulations? Faudrait-il procéder à plusieurs interventions à la fois? (Jones et coll., 2005)

Idéalement, le physiothérapeute et le patient établissent un rapport de collaboration avant la chirurgie; le physiothérapeute connaît le statut fonctionnel global du patient, le mode de présentation de ses saignements, l’état de ses muscles et de ses articulations, les objectifs du traitement et les échéances doivent faire l’objet de discussions; on établit parfois un programme pour préparer les muscles et articulations adjacents et le patient comprend ses responsabilités dans le processus de réadaptation. (Stephenson D, 2005)

Sources bibliographiques pour cette section : 
  1. Prognostic factors for functional outcome of total knee replacement: a prospective study. Sharma L et coll., J Gerontol A Biol Sci Med Sci. 51(4):M152-7; 1996
  2. Patients’ Expectations of Knee Surgery, Mancuso CA et coll., JBJS 83-A(7) 2001
  3. Total Joint Arthroplasties: Current Concepts of Patient Outcomes after Surgery. Jones CA, Beaupre LA, Johnston DWC, Suarez-Almazor ME. Clin Geriatr Med 21 (2005)
  4. Rehabilitation of patients with hemophilia after orthopaedic surgery: a case study. Stephenson D., Haemophilia 11 (suppl. 1), 26-29.2005

Norme n° 9 : Soins postopératoires. Le physiothérapeute connaît les détails de la chirurgie et s’assure d’une couverture hémostatique adéquate durant le processus de réadaptation. Le physiothérapeute garde un contact régulier avec l’équipe de traitement pendant la durée du processus de réadaptation.


Norme n° 10 : Le physiothérapeute est au courant des précautions et des contre-indications en ce qui a trait au traitement chez les personnes atteintes d’un trouble de la coagulation.

10.1 Le physiothérapeute ne commence jamais le traitement de réadaptation actif d’un muscle ou d’une articulation affectés pas un saignement tant que l’hémostase n’a pas été atteinte. Le physiothérapeute de l'équipe doit être au courant du statut hémostatique de son client avant de commencer quelque traitement que ce soit.

10.2 On recommande l’administration de facteur de remplacement le jour du traitement de physiothérapie ou à l’intérieur des limites de la demi-vie du produit. Le traitement de physiothérapie dépend de plusieurs variables, notamment, de la technique appliquée, de l’habileté/expérience du physiothérapeute, du stade de la guérison tissulaire et de l’état de santé antérieur des tissus traités.

10.3 Le physiothérapeute doit être au courant des comorbidités, y compris du statut à l’égard du VIH et de l’hépatite C. Il doit veiller à ne pas exposer le patient à des infections opportunistes pouvant découler de la contamination d’autres patients ou de l’équipement. Il doit aussi veiller à ne pas fatiguer le patient et épuiser son système au-delà de ses capacités à se rétablir.

10.4 Les inhibiteurs peuvent compliquer la réadaptation. La réaction des inhibiteurs et la capacité de parvenir à l’hémostase varient considérablement. On recommande d’administrer les traitements de physiothérapie au centre de traitement complet pour toutes les personnes porteuses d’inhibiteurs ou de faire en sorte qu'un physiothérapeute qui connaît bien les patients porteurs d’inhibiteurs supervise le traitement.

10.5 Toute manipulation de grade 5 périphérique ou touchant la colonne vertébrale est contre-indiquée.

10.6 Les autres modalités, telles que l'acupuncture, doivent être utilisées avec prudence.


Enseignement

Norme n° 11 : Le physiothérapeute agit comme éducateur et intervenant auprès des membres de l’équipe soignante, du patient et de ses proches aidants, des professionnels de la santé et des étudiants. Le volet éducation inclut, sans s’y limiter :
    • Le rôle du physiothérapeute dans la prise en charge des troubles de la coagulation
    • La reconnaissance et la prise en charge des épisodes de saignement affectant l’appareil musculosquelettique
    • Les effets à court et à long terme des saignements musculaires et articulaires sur l’organisme
    • Les techniques de protection articulaire qui peuvent inclure, orthèses, mécanique corporelle adéquate et suggestions au plan de l’ergonomie
    • Les avantages d’une bonne forme physique et d’une saine hygiène de vie
    • Options et considérations potentielles relativement à la chirurgie
    • Autres formes de traitement
    • Énoncé distinct relatif à la prévention par le biais du conditionnement, de la sélection des activités et de la préparation adéquate

Norme n° 12 : Le physiothérapeute assure le maintien de ses compétences en investissant temps et efforts pour améliorer ses connaissances, ses habiletés et son jugement clinique en lien avec le traitement des personnes souffrant de troubles de la coagulation.
Parmi les sources d’information, mentionnons : sites Web, revues scientifiques, dialogue avec d'autres collègues spécialistes du traitement de l’hémophilie, conférences sur l’hémophilie. On recommande fortement au physiothérapeute responsable de participer activement aux activités du groupe CPHC/PCH.


Recherche

Norme n° 13 : Le physiothérapeute devrait participer à la recherche en collaboration qui porte sur les troubles de la coagulation et leurs complications. Pour ce faire, il a entre autre accès à la base de données CHARMS et à tout autre système de dossiers électroniques de patients utilisé par l’équipe soignante.


Ce document a fait l’objet d’une entente et a été ratifié par le groupe CPHC/PCH. Certains établissements peuvent avoir de la difficulté à appliquer ces normes en raison de l’absence de clinique de traitement complet incluant un physiothérapeute et de la fragmentation entre les soins pédiatriques et les soins aux adultes.